Une vieille dame m'a abordée hier, alors que nous attendions toutes les deux l'autobus. Sans même un bonjour ni aucune entrée en matière, elle m'a raconté une partie de sa vie.
Bien au chaud sous sa toque et son manteau de fourrure, elle m'a expliqué que son «mari est hospitalisé. On lui a enlevé le pancréas. Il est branché à toutes sortes de machines.» Alors elle passe ses journées à l'hôpital. Mais pas demain. Demain, elle prend congé, parce qu'il faut bien qu'elle pense un peu à elle.
Hier, dans la chambre d'hôpital, ils avaient parlé du Mexique et de leur résidence à Ixtapa. Ils ne pourront plus y aller. Et comme elle est seule (ils n'ont pas d'enfants, elle a des nièces, mais elles sont à Québec), elle traverse la ville en autobus chaque jour (leurs voitures sont à l'extérieur du pays) pour passer le temps, en espérant rencontrer quelqu'un. Quelqu'un à qui parler. Quelqu'un comme moi, hier.
C'est une ancienne infirmière, et son mari était médecin. Ils savent tous deux très bien que Monsieur ne s'en sortira pas. «Mais on n'a pas de regret. On a eu une bonne vie!» m'a-t-elle précisé juste avant que l'autobus n'arrive.
À l'intérieur, je lui ai mis la main sur l'épaule et lui ai souhaité bon courage. Je me suis assise un peu plus loin, à l'arrière. J'ai espéré avoir pu lui apporter un peu de soutien moral, rien qu'en l'écoutant quelques minutes... Je me suis demandé ce qu'elle ferait lorsqu'elle serait vraiment seule. Quand la Grande Faucheuse se serait enfin décidée à donner un peu de repos à son mari...
Je l'imagine passant ses journées entières en autobus, cherchant un arrêt qui n'existe pas. Espérant que le chauffeur finira par la déposer quelque part où quelqu'un l'attendra.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire